Les OGM en questions
Les OGM sont-ils dangereux pour la santé ? Pour l' environnement ?
A quoi servent-ils ? Est-ce qu'on en mange déjà ? 89 pour cent des français (sondage IPSOS 2003) s'en méfient, mais 73 pour cent sont curieux de mieux les
connaître, estimant à 75 pour cent être mal informés.
Le point sur cette question d'actualité très débattue.
Les premiers OGM ont fait rêver leurs inventeurs. Par simple manipulation génétique, on allait enfin pouvoir soigner les maladies héréditaires, cultiver des plantes résistant aux parasites, créer des céréales plus riches en protéines, en vitamines, en fer... bref, adapter le vivant aux désirs et aux besoins de l'homme, et échapper
aux fléaux ancestraux de la famine et de la maladie. Or, le génome - c'est-à-dire
le patrimoine héréditaire - se révèle infiniment plus complexe que les chercheurs ne l'imaginaient. A l'idée dominante dans les années 1970, «un gène = une fonction», se sont substituées moult observations contraires. Un gène peut intervenir dans différentes fonctions, mais plusieurs gènes peuvent être nécessaires pour une seule fonction. Un gène de bactérie synthétisant une protéine
donnée peut, inséré dans un autre organisme, synthétiser une protéine différente, parce qu'il ne sera pas régulé de la même façon.
Enfin, les gènes représentent moins de 10 pour cent du génome, et les 90 pour cent "non codants" restent pour l'essentiel un mystère. Ces découvertes accumulées depuis quinze ans expliquent que le débat sur les OGM, autrefois caricaturé en «pro-OGM progressistes» et « anti-OGM passéistes», est dépassé.
Qu'est-ce qu'un OGM ?
C'est un «organisme modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication
ou recombinaison naturelle» (définition de la Commission européenne). On lui a inséré un ou plusieurs gènes provenant d'un autre organisme. Chaque OGM est breveté, et il est interdit à l'agriculteur d'en replanter les graines: aux Etats-Unis, un agriculteur du Tennessee qui avait conservé des semences de sa récolte de coton transgénique a été poursuivi par la société Monsanto et condamné à neuf
mois de prison et 170 000 dollars d'amende (source www.justice.gov/usao/moe/). Pour beaucoup de gens, cette «brevetabilité
du vivant» est le principal problème que posent les OGM, car elle rend les agriculteurs totalement dépendants des semenciers, alors que, jusqu'à présent, même s'ils leur achetaient des graines, ils conservaient le droit de replanter une partie de leurs récoltes.
Quels sont actuellement, ceux autorisés en France ?
Que ce soit une autorisation de culture ou simplement d'importation, sont uniquement permis des OGM (tabac,
maïs, soja) résistants à un insecte et/ou tolérants à un herbicide. Ainsi, le maïs insecticide Bt, après insertion d'un gène de Bacillus thuringiensis, produit une protéine insecticide qui le protège contre la pyrale (chenille nuisible aux cultures). Les OGM améliorant la qualité des plantes ou leur résistance aux aléas climatiques restent expérimentaux ou de simples hypothèses de travail. Depuis le moratoire
de 1998, aucune autre autorisation n'a été délivrée et, devant la réticence des consommateurs et des
distributeurs de l'industrie agro-alimentaire, le maïs Bt n'a pas été cultivé, les agriculteurs craignant de ne pas pouvoir vendre leur récolte.
Sont-ils dangereux pour la santé ?
Aucun consommateur d'OGM n'a été empoisonné. Certains OGM créés en laboratoire - notamment avec un gène issu d'une noix de pécan - se sont révélés allergisants et n'ont pas été commercialisés. Le risque d'allergie est
connu et les fabricants
y font très attention. En revanche, l'accident de la thérapie génique des «enfants-bulles» (lire plus loin «La thérapie-génique») pose la question du fonctionnement du transgène: Il n'est pas possible actuellement de prévoir où et comment le gène inséré va s'intégrer au génome de la plante, ni s'il aura exactement le même comportement que dans son génome d'origine.
Autre
problème: un OGM résistant à un herbicide l'absorbe sans en souffrir. Il concentre donc l'herbicide. Le maïs résistant à
la pyrale produit en permanence la toxine insecticide Bt. Tous ces pesticides passent dans la chaîne alimentaire. Sachant leur potentiel toxique, voire cancérigène, sur l'organisme humain, il serait indispensable de faire les études de toxicité exigées pour les pesticides avant de cultiver et de consommer ces OGM Les producteurs de maïs Bt estiment qu'il n'est pas dangereux, puisque le Bacillus thuringiensis dont on utilise le gène est déjà autorisé
et employé comme insecticide naturel en agriculture biologique.
Toutefois, le gène du bacille a été modifié pour pouvoir être inséré dans le maïs. De ce fait, la toxine Bt fabriquée par l'OGM est différente de la toxine Bt naturelle d'environ 44 pour cent. Or, légalement, il suffit qu'un pesticide diffère de moins de 1 pour cent d'un produit existant pour que de nouvelles études toxicologiques soient prescrites, ce qui n'a pas été fait ici. De plus, en agriculture bio, on
traite deux ou trois fois par an, alors que le maïs Bt fabrique de la toxine en permanence et la garde
à l'intérieur de lui. C'est un peu comme si vous disiez: «Je me désinfecte les mains à l'eau de Javel diluée, donc elle n'est pas dangereuse et je peux en boire.»
Pourraient-ils améliorer la santé grâce à leurs qualités nutritionnelles ?
Ces aliments-médicaments posent le problème de tout supplément généralisé: le fluor ajouté au sel de cuisine s'additionnant au fluor de certaines eaux minérales a parfois provoqué des
surdosages nocifs. Un OGM synthétisant davantage de fer pour lutter contre l'anémie serait dangereux pour les personnes souffrant d'une surcharge de fer dans le sang, d'où l'importance d'un étiquetage précis. Un OGM produisant beaucoup de vitamine A - déjà inventé, sous le nom de «riz doré» - pourrait provoquer une surdose chez des consommateurs non carencés car même dans les pays pauvres, tout le monde ne souffre pas de carences.
Pourquoi ne fait-on
pas d'études toxicologiques sur les OGM ?
Parce qu'elles coûtent cher. Si les industriels les faisaient, les OGM ne seraient pas rentables. Un produit phytosanitaire (pesticides, engrais) ou un médicament ont une forte valeur ajoutée et une durée de vie qui permettent de les rentabiliser malgré les études de toxicologie et les tests de sécurité exigés. En revanche, le prix des semences reste limité, sinon
les agriculteurs n'auraient plus les moyens de les acheter. Il faut de plus
renouveler le catalogue tous les trois ans environ.
Quel est leur Impact sur l'environnement ?
A priori, les OGM résistant à certains insectes devraient permettre de réduire les traitements insecticides. Cependant, le maïs Bt résiste seulement à la pyrale, il est donc nécessaire de traiter contre les autres prédateurs. On craint aussi que la pyrale, constamment confrontée
à la toxine Bt du maïs transgénique, développe
des résistances à cet insecticide, comme on développe des résistances aux antibiotiques quand on en prend trop souvent. Autre exemple: un soja tolérant à l'herbicide permet à l'agriculteur de tuer les mauvaises herbes sans endommager le soja. Il gagne du temps car il peut traiter plus vite et sans précautions particulières, mais il n'a aucune raison de réduire les quantités d'herbicides puisque, précisément, son soja les
supporte sans dommages.
Peuvent-ils se disséminer dans l'environnement ?
Il y a eu des cas de colza résistant à un herbicide dont le transgène s'est inséré dans une mauvaise herbe, la ravenelle... la rendant à son tour résistante! Ce risque est minime pour les plantes comme le maïs, dont le pollen ne féconde normalement pas les autres plantes. En revanche, la
contamination peut se faire via des débris de-terre si l'agriculteur
utilise les mêmes machines pour cultiver des parcelles OGM et des champs non OGM. Un cas observé de recombinaison d'une bactérie du sol avec un transgène d'un plant de pourpier expérimental montre aussi que les OGM pourraient modifier les micro-organismes du sol.
Mange-t-on des OGM en France ?
Le soja importé des Etats-Unis mélange soja OGM et non OGM car ce pays refuse l'étiquetage
séparé. Ce soja nourrit les animaux.
On mange donc forcément de la viande, du lait et des œufs issus d'animaux qui ont mangé des OGM, sauf dans le cas d'élevages «bio» ou de filières assurant une traçabilité et une «garantie sans OGM». L'importation du colza OGM est interdite, mais les huiles issues de colza OGM sont autorisées. La lécithine de soja, présente dans de nombreux produits alimentaires, peut provenir de soja OGM et ne pas être étiquetée
comme telle si elle représente moins de 1 pour cent du poids du produit fini. En juillet dernier,
le parlement européen a abaissé ce seuil à 0,9 pour cent et imposé la traçabilité des produits alimentaires contenant des OGM. En résumé: aucun OGM frais (fruits, légumes...) n'est vendu en France. Pour les produits transformés, consultez le site : http://www.greenpeace.fr/ régulièrement mis à jour, qui donne la liste des produits contenant des OGM, ceux n’en contenant pas et ceux pour lesquels les industriels ne savent
pas. •
Des surfaces limitées
les
OGM couvrent moins de 60 millions d'hectares cultivés. Les Etats-Unis, l'Argentine, le Canada et la Chine représentent 99,4 pour cent de la production, douze autres pays se partageant les 0,6 pour cent restants. Il s'agit principalement de soja, de maïs, de coton et de colza. Aux Etats-Unis, il existe des OGM de betterave à sucre, papaye, lin, tomate, pomme de terre, melon et riz.
L'avenir des OGM
Six-firmes
se partagent l'essentiel du marché: Bayer, Syngenta, KWF, Du Pont de Nemours, Limagrain et le leader, Monsanto. Les réticences de l'Europe et de plus de quarante pays face aux OGM les ont rendues prudentes. Les semenciers admettent la nécessité d'un étiquetage «Contient des OGM» qu'ils refusaient autrefois et ne s'attendent plus à une déferlante de cultures OGM en Europe, même si le moratoire est levé. La majorité des dossiers d'autorisation
en attente concerne des importations d'OGM existants. Leur stratégie
commerciale sera fonction des réactions des consommateurs à qui l'étiquetage permettra de choisir.
La thérapie génétique.
En 1979, les prix Nobel François Jacob et Jean Dausset estimaient que «les biotechnologies et le génie génétique paraissent seuls capables d'apporter des solutions aux problèmes du cancer, du sida, des maladies parasitaires et de la
faim dans le monde». Quinze ans plus tard, Le génie génétique n'a pas
tenu ses promesses. Cancers et sida demeurent et, sur plusieurs milliers d’ essais de thérapie génique, moins d'une dizaine ont abouti à une guérison. Le succès le plus médiatisé, la guérison de deux enfants-bulles, a été terni par l'annonce de l'atteinte par une leucémie d'un des enfants traités: le gène inséré pour guérir son déficit immunitaire avait «surexprimé» - c'est-à-dire
avait été stimulé de façon excessive-, provoquant la maladie.
Peuvent-ils guérir
?
Les biologistes mettent au point des OGM capables de synthétiser des molécules médicamenteuses, comme du tabac fabriquant de l'hémoglobine ou de la levure de bière produisant de l'hydrocortisone. Il y a des vaccins OGM, comme celui de l'hépatite B, obtenus par recombinaison génétique. Enfin, des chercheurs modifient des gènes de «virus pathogènes - Ebola, variole, sida - qu'ils rendent plus ou moins virulents.
Créés à l'origine pour la recherche thérapeutique, ces OGM peuvent ouvrir
la voie à des armes bactériologiques très efficaces. Le bacille de l'anthrax, notamment, est l'un des plus manipulés dans le monde: aux Etats-Unis, en France, en Russie.
(Article pris dans la revue : « AVANTAGES » de novembre 2003).
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